LIVRE NEUF
Réimpression de l'édition de 1937.
Je ne sais pas s’il y a des hommes qui échappent au désespoir et s’il y en a, je crois qu’ils sont peu nombreux. Je n’envie pas ces hommes. Il y a dans le désespoir une substance amère, un poison fécond, la semence d’une vertu supérieure qu’on ne peut trouver ailleurs. Chacun, plus ou moins tard, doit aspirer le suc de cette ciguë qui donne des ailes, de cette belladone sacrée. Mais il faut boire le poison et savoir n’en pas mourir.
Le plus grand désespoir ne vient ni de l’amour déçu, ni du sentiment de l’impuissance à se réaliser, ni de l’approche de la mort. C’est une grande force d’ombre qui fait penser quelquefois à un être animé, une vague de négation qui fond sur vous, et dont l’attaque a l’air d’être le résultat d’un calcul. Il est impossible, d’ailleurs, d’affirmer que ce calcul n’existe pas.
Cette force d’ombre est plus destructrice que le doute. Elle crée dans l’âme un vide anonyme. Tous les beaux monuments qu’on avait élevés en soi et dans l’admiration desquels on se plaisait, sont transformés en des fantômes, en des caricatures privées de sens. On a le sentiment d’avoir aimé des figures fallacieuses, des images de laideur qu’on avait pris pour de la beauté, des Dieux sans pouvoir, qui reprennent soudain leur véritable aspect, sous une tempête de désolation. Et l’on se trouve seul sur un rocher désertique, toute possibilité de communication avec des êtres vivants étant détruite et, ce qui est plus terrible, toute volonté d’appel ou de secours. L’image de l’enfer a été justement représentée par une créature solitaire, méditant sur une pierre nue.
Pour que l’homme assis le soir sous sa lampe soit préservé d’un danger qui traverse les plus épaisses murailles, pour que les colonnes de son temple intérieur ne soient pas renversées avec le tabernacle spirituel, il faut qu’il ait quelques certitudes, par lesquelles il dissipera les ténèbres menaçantes dès qu’elles surgiront de l’abîme, comme le chevalier de la légende avec son épée de feu.
Ces certitudes, on doit les cultiver en soi. Elles sont comme des plantes précieuses qui ne donnent des fleurs qu’en vertu des soins et de l’amour de celui qui les cultive.
Il n’y a plus de solitude pour celui qui a retrouvé les racines cachées qui joignent l’homme à la nature. Il n’y a plus de découragement pour celui qui voit la beauté du monde. La crainte de la mort n’existe pas et elle se change même en espérance pour celui qui, par le jeu et la profondeur de sa contemplation, a pu atteindre les premières lueurs des mondes invisibles et leur beauté surnaturelle. Changer le désespoir en beauté, découvrir le secret de cette transmutation, voilà peut être le problème essentiel de l’homme.
Pour ceux qui ont entrevu la présence de l’ennemi qui n’a ni nom ni forme, qui ont senti le poids des ténèbres mortes et cette morsure traîtresse qui ne fait pas couler le sang de l’âme, mais la ronge avec la rouille du néant, j’ai écrit ce livre où est rapporté ce qu’il m’a été donné de connaître de la beauté invisible du monde.
Table des matières
Communication avec la nature
L'anneau de la Mère
La grâce de la nature
Le grillon annonciateur
La jeune fille et la fougère
La découverte du plan divin
Joie que donne la découverte du plan divin
L'expérience des sapins pieux
L'amitié d'un lézard
Mystère du feu
Hésitations et imperfections de la loi divine
La vie des objets
Tristesse de vieillir chez les insectes
L'âme animale
Le banc devant l'auberge
Le temple de l'espace et du temps
Alliance artistique des végétaux et de l'homme
La sensibilité végétale
Comique caché de la création
Une nuit d'orage
Paysage anonyme
Les Gamahès
Les secrets des îles Bermudes
Beauté des oiseaux mouches
Erreurs de la science
La destruction des espèces animales
Cruauté des bêtes
Prière pour voir la beauté des choses
Découverte du nouveau monde
Le côté d'ombre des âmes
Le côté d'ombre des âmes
Mesure de la sincérité
Les sandales de bronze d'Empédocle
L'exagération du Bouddha
Les jardins d'Épicure
La barbe d'Épitecte
La mission de Mahomet
Les chants de Nanak
Les danses de Caïtanya
Violence de Luther
La solitude de Spinoza
Révélation des mondes invisibles
La présence des désespoirs
La montagne de la sérénité
La racine du désespoir
La venue du signe
Utilité de la maladie
L'apparition de la lampe
Le soir du jugement
Explication de la douleur
Prière au soleil
Louange aux forces spirituelles
La beauté invisible
ODS, 2021, 240 p..


